Exposition Dreyfus
Savoir et engagement. L'École normale supérieure au cœur
de l'affaire Dreyfus « Le foyer brûlant de la conscience nationale ».
Du 16 novembre au 22 décembre 2006 dans le hall du NIR (45 rue d'Ulm).
Le
12 juillet 1906, le capitaine Alfred Dreyfus est réhabilité par
un arrêt de la Cour de cassation. Cet acte solennel et officiel met fin à l'accusation
de « haute trahison », attestée par deux conseils de guerre,
celui de Paris (1894) et celui de Rennes (1899). Tout au long d'un combat de
plus de douze ans, combat finalement victorieux contre le nationalisme, l'antisémitisme
et la raison d'État, où le régime républicain et
la société française durent admettre la primauté des
valeurs de justice et de vérité, l'École normale supérieure
joua un rôle décisif qui marqua profondément l'institution,
ses élèves, ses enseignants et, au-delà, l'ensemble du
monde intellectuel et scientifique. Charles Andler disait à propos de
l'École, qu'elle fut pendant plusieurs années « le foyer
brûlant de la conscience nationale ».
Parmi ces normaliens, dreyfusards de la première heure Lucien Lévy-Bruhl,
Salomon Reinach, Alexandre Bertrand, Paul Appell, il faut rappeler avec force
le rôle de Lucien Herr, socialiste, germaniste et philosophe, directeur
de la Bibliothèque des lettres de la rue d'Ulm.
Sa conviction précoce puis son engagement total furent déterminants, à la
fois pour lancer le mouvement dreyfusard à partir de janvier 1898 et
pour mobiliser toute la communauté normalienne.
Cette mobilisation inaugura
des pratiques collectives ou individuelles, analytiques ou critiques, brèves
ou déployées,
bref un ensemble de postures et de procédures qui constituèrent
ce qui fut appelé le mouvement des « intellectuels » au
cours de l'affaire Dreyfus. Peu nombreux, les antidreyfusards de l'École
furent emmenés par
des conservateurs catholiques, tels les académiciens Jules Lemaître
ou Ferdinand Brunetière.
Pour achever l'année commémorant
le centenaire de la réhabilitation
du capitaine Dreyfus, l'École normale supérieure inaugure dans
le hall du Nouvel immeuble Rataud une exposition consacrée à son
engagement durant l'une des plus graves crises que la République ait
connues.
Dans le cadre de cette exposition, une anthologie raisonnée
des écrits
normaliens (aujourd'hui introuvables) – Savoir et engagement. Écrits
normaliens sur l'affaire Dreyfus (Éditions de la Rue d'Ulm, 2006) – est
publiée par Vincent Duclert, professeur agrégé à l'École
des hautes études en sciences sociales et biographe d'Alfred Dreyfus
(Alfred Dreyfus : L'honneur d'un patriote, Fayard, 2006).